Revenue de mes stages, je trouve un peu de temps pour te parler de mon autre facette. La photographe qui voulait devenir prof…
C’est une autre partie de moi, c’est pourquoi la majorité des articles du carnet parleront de mon parcours, de mes doutes, des moments intenses, des déceptions, des réussites qui feront bientôt de moi une prof de français.
Pas de gants ici, j’écris comme je pense, je laisse aller. Il n’y a pas de méchanceté, juste de la spontanéité.
Je fais des études en régendat français langue étrangère. Oui, ici, c’est bien le français qui est la langue étrangère. Du coup, autres publics, autres cultures, autres difficultés, autres richesses. J’ai choisi cette option sans trop savoir ce que ça voulait dire. Je ne savais même pas que c’était pour devenir prof ! Je voulais juste voyager, voir du pays, découvrir le monde. Je suis maintenant en deuxième, je reviens de mon premier stage avec un public fle (français langue étrangère), et je voudrai le partager avec toi.
Institut de la Providence, Anderlecht. C’est clair, la première impression est loin d’être bonne, et les propos de ceux qui y sont déjà allés ne rassurent pas. Prison ? Maison de redressement ? École ghetto ? On me toise, moi la petite blonde qui débarque, son classeur sous le bras, le sourire aux lèvres.
Et puis… le temps passe, on apprend à connaitre, on découvre, on comprend. Mais on n’accepte pas. Il y a ce malaise qui nait en nous, cette répulsion contre les grands, ceux qui décident et qui laissent faire ça, cette rébellion contre ce qui est établi, ce qu’on appelle justice.
Une semaine que je suis rentrée, je me souviens encore de tous les visages que j’ai rencontrés. J’espère m’en rappeler toujours. Ne pas oublier l’humilité que j’ai pris dans la gueule en côtoyant ces jeunes pendant seulement deux semaines. Ils savent, ils voient clair. Ils ont vécu et vivent des choses atroces, inadmissibles, révoltantes. Et pourtant, si on prend la peine de les écouter, de discuter avec eux, il nous parlent avec respect et, surtout, avec sagesse et sincérité.
Ouais, ils sont pas nets, leur monde c’est la rue, les vols et autre si affinité. Mais pourquoi les prendre de haut ? Ils ne font qu’essayer de s’en sortir avec le peu qu’on leur donne. Meirieu a dit : “Exiger le meilleur, tout en accueillant le pire”…
Parlons de mes classes. Des gosses qui débarquent, qui ne parlent pas un mot de français. Seuls. Pour la plupart, ils arrivent orphelins, la guerre les ayant séparés pour toujours de leurs parents. La Belgique, le pays de la dernière chance, où on les entasse dans des camps de réfugiés. Et pourtant, en classe, quand je me débats avec la matière que je dois leur enseigner, c’est à des sourires que j’ai droit, à des yeux pétillants de reconnaissance. Moi qui n’ai rien fait, qui peu à peine imaginer leur souffrance, qui débarque pour deux semaines et qui repars. Eux, ils y restent pour beaucoup plus longtemps.
Sékou, Hasnaa, Yumi, Agil, Iliasse, Rhamza, Owufu et tous les autres. Ne croyez pas que je vous oublie. Vous m’avez fait le magnifique cadeau de m’accepter, moi, mes mimiques, mon humour, mes gaffes, mes doutes, mon entêtement… Grâce à vous, je suis maintenant persuadée d’avoir choisi l’un des plus beaux métiers. Merci.